Démarche artistique

Expérimenter un paysage et le transposer de manière sensible : c’est ce que je vise à faire lorsque je suis face à ma toile à l’atelier.

Une image prise sur le vif me sert de point de départ, où que je sois, j’immortalise cet espace spatio-temporel en le photographiant. Cette action devient le lien direct entre le moment vécu et sa transposition en atelier. Se met alors en route le processus de transformation. En passant par le photocollage, je tends à figer ce paysage dans un contexte autre, découlant directement de sources, influences et références personnelles.

L’atelier est mon laboratoire de création, ma « zone de retraite » dans lequel j’invente un ailleurs. Il représente le cadre de mon intervention, la peinture à l’huile en détermine ses limites. Ce matériau permet d’exprimer mes réflexions depuis maintenant presque vingt ans. Notre lien est charnel. Il dicte la construction de ma toile, strates par strates, l’agencement des éléments, la composition, ses textures, ses lumières…

La pratique prend le dessus sur le concept, la matière s’exécute de manière automatique, je plonge en elle.

Le choix du format définit l’amplitude de ma gestuelle et de facto, la simplicité des formes. Les échelles et les perspectives sont biaisées, voire incohérentes. Les éléments architecturaux sont massifs et sculpturaux. Une montagne, un HLM, la banquise deviennent des monolithes sous mes coups de pinceaux.

Je travaille l’association des images dans le but de faire émerger un nouveau contexte. J’aime faire cohabiter différents univers dans une dimension géometrico-constructiviste, en couplant des motifs hétérogènes au sein d’une même composition. Mes territoires sont inhabités ou très peu habités, mais il en émane une tension liée à la confrontation des éléments.

Invention ou réalité ? Je conclurais en citant Neo Rauch, peintre-référent de ma pratique parmi Hopper, Sheeler ou Doig :  « Une existence au bord du gouffre, sur les failles, c’est bien là que l’artiste au sens large devrait installer son laboratoire, dans ce paysage où les extrêmes se rencontrent et se confondent, hauteur et profondeur, droite et gauche, haut et bas, et tout ce que l’on veut. »